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Le vrai palmarès des SICAV

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Gérard AUGUSTIN-NORMAND
  • Date: 29 April 2004
  • Source: Challenges
  • Interview of Gérard AUGUSTIN-NORMAND
Challenges

Le vrai palmarès des SICAV

Prudent ? Equilibré ? Dynamique ? Pour chaque profil d'investisseur, Challenges et Morningstar ont choisi les meilleurs fonds à placer dans un PEA.

Pour faire fructifier son épargne, il n'y a que l'embarras du choix. Soit la placer sur un livret, qui rapportera de 2 à 2,25 % l'an. Soit miser sur les obligations, l'assurance-vie et la pierre. Mais il est interdit de rêver : il n'existe pas de rendement sans risque au-dessus de 4,5 % net. Pour faire mieux, il faudra parier sur le dynamisme des entreprises et acheter des actions. Ces dix dernières années, la Bourse a rapporté, en moyenne, 8 % par an. C'est du moins ce qu'ont obtenu les gérants restés fidèles à leurs stratégies. Le cauchemar des années 2001 et 2002, lorsque le Cac 40 a abandonné 31 %, puis 47 %, n'est pas près d'être oublié, même si l'indice a récupéré 16 % en 2003. Les gérants qui ont traversé sans encombre cette bourrasque méritent la confiance des épargnants. Sur la période que nous avons choisie, de la fin février 2001 à la fin février 2004, quand l'indice parisien perdait plus de 30 %, Dynalion Immobilier (Crédit lyonnais) gagnait... 45 %.

Le secret de ces gérants ? Garder le cap et éviter l'effet « porte de saloon » : entrer trop tard, à un cours trop haut, et être obligé de vendre quand le marché est au plus bas. Si nous avons choisi de ne sélectionner que des fonds « PEA » (plan d'épargne en actions), c'est parce que ce placement requiert - justement - de rester investi au moins cinq ans pour échapper à l'impôt sur les plus-values.
Pour réaliser notre palmarès, avec notre partenaire Morningstar, nous sommes partis, non pas des produits - trop nombreux -, mais des besoins qu'exprime l'abondant courrier des lecteurs de Challenges. Et que demandent-ils ? Un placement performant mais pas trop risqué. Car, explique Emmanuel Pineau, de HSBC Private Bank, « depuis 2001, les épargnants ont vu qu'ils pouvaient faire fortune très vite mais qu'ils pouvaient redevenir pauvres tout aussi vite ».
Reste que la notion de performance est plus facile à cerner que celle de risque.

Vous n'aurez pas toujours en tête des classements les sicav ou FCP les plus « performants ». Car nous refusons de donner trop d'importance aux résultats générés par une prise de risque trop élevée. Comme le dit la formule consacrée : « Les performances passées ne préjugent pas de celles à venir. »

Damien Pelé, Eric Tréguier, Pierre-Henri de Menthon.

Un palmarès certifié par Morningstar Quels sont les fonds les plus performants depuis le début de l'année, sur trois ans ou sur cinq ans ? Morningstar donne la réponse. Cette agence d'information d'origine américaine note les sicav, analyse les portefeuilles des fonds et permet aux investisseurs de connaître l'exposition sectorielle ou géographique des fonds dans lesquels ils envisagent d'investir. L'analyse de portefeuille de chaque fonds permet en outre d'identifier son style de gestion (growth, value ou blend) . En France, le site Morningstar.fr répertorie plus de 7 500 fonds disponibles sur le marché.

L'expertise de trois « super-gérants »

Une année 2004 sous de meilleurs auspices

Gestion traditionnelle ou benchmarking, ils dévoilent leurs secrets pour gagner sur les marchés financiers.

Ils s'appellent Gérard Augustin-Normand, Stéphane Chossat et Xavier Parain. Ils gèrent les meilleures sicav investies en actions françaises. Président de Richelieu Finance, Gérard Augustin-Normand pratique, comme Stéphane Chossat (LCF Rothschild Asset Management), une gestion à l'ancienne, qui consiste à repérer les bonnes affaires en Bourse. Xavier Parain, directeur de l'ingénierie financière d'Ecureuil Gestion FCP, a quant à lui une approche de benchmarking, qui consiste à se fixer des objectifs en fonction de l'évolution des indices, et en particulier du Cac 40. Les méthodes sont différentes, même si les points communs sont plus nombreux qu'il n'y paraît.

Combien de temps faut-il garder ses fonds en Bourse ?
Xavier Parain. Nous nous devons d'expliquer à nos clients qu'un investissement en Bourse ne se conçoit que sur plusieurs années. Dans le cadre d'un plan d'épargne en actions (PEA), l'horizon, pour des raisons fiscales, est de huit ans. Ce qui correspond à notre timing pour une gestion « dynamique ». Pour les profils « équilibrés », nous recommanderons cinq ans. Et trois ans pour les « prudents ».
Stéphane Chossat. Nous nous intéressons en général à des histoires entre trois et cinq ans. Mais, dans la stratégie d'investissement, il ne faut jamais s'interdire de pouvoir intervenir rapidement si certaines valeurs paraissent très sous-évaluées. En mars 2003, quand le Cac 40 est passé sous les 2 500 points, nous avons acheté Sodexho, Bouygues ou PPR, qui nous paraissaient un peu trop « massacrés ». A la suite du rebond opéré sur ces valeurs, notre discipline de vente nous a conduits à engranger des plus-values...
Gérard Augustin-Normand. Je n'ai pas d'idées préconçues sur les horizons d'investissements. J'essaie de gagner de l'argent tous les jours, et je me méfie des stratégies à long terme. Ce qui ne m'empêche pas de savoir attendre quand il le faut.

Quelle est votre référence en termes de performance ?
X. P. Notre référence est l'indice Cac 40, c'est le contrat que nous passons avec nos clients. Mais attention, l'idée n'est pas de répliquer l';indice. Nous nous accordons une marge de manoeuvre afin de pouvoir prendre les quelques paris qui nous permettront de faire mieux que l'indice. C'est la nuance entre la gestion « benchmarkée » et la gestion indicielle.
G. A.-N. Je n'ai jamais très bien compris cette nuance. Ce qui est certain, c'est que, chez Richelieu, nous considérons le Cac 40 comme un baromètre de 'humeur du marché. Ni plus ni moins. Pour le reste, nous nous bornons à gérer un portefeuille d'actions afin de faire gagner le maximum d'argent aux clients.

Après le cauchemar de 2001 et 2002, comment convaincre des épargnants d'investir sur les marchés financiers ?
S. C. Cessons de tirer sur l'ambulance en regardant les performances de 2000 à 2002, n'oublions pas que le Cac 40 a gagné 16 % en 2003. Je suis persuadé que la croissance mondiale est bien repartie et que l'investissement en actions est le plus adapté pour en profiter. Sachant que la seule distribution de dividendes, au sein du fonds Tricolore Rendement, permet d'obtenir un rendement de 2,8 % l'an net, je ne suis pas trop inquiet sur notre capacité à faire mieux qu'un livret A ou un contrat d'assurance-vie...
G. A.-N . Je partage la même certitude : la rémunération du marché des actions est actuellement plus intéressante que celle des marchés de taux. Le niveau peu élevé de ces derniers favorise d'ailleurs des afflux de liquidités bénéfiques pour la Bourse.
X. P. N'oublions pas que, sur huit ans, un investissement en actions a rapporté en moyenne 8 %. De toute façon, je n'ai jamais considéré que les placements du type livret A étaient concurrents de la Bourse. Ils sont une alternative, ils n'obéissent pas à la même logique.

A quel niveau pensez-vous que le Cac 40 sera fin 2004 ?
X. P. Je n'ai pas de boule de cristal, mais il y a un faisceau de bonnes nouvelles, notamment du côté de l';économie américaine. A noter aussi la reprise des commandes de machines en Allemagne et au Japon. Pas de doute, la reprise qui se profile est solide. Dans ces conditions, une progression de 10 % de l'indice sur l'ensemble de l'année est un scénario qui tient la route. Pour l'instant, les investisseurs se sont surtout intéressés aux PME cotées et aux valeurs cycliques (entreprises dont la santé est liée à la conjoncture. NDLR). Des grandes valeurs de croissance comme L'Oréal ou Danone ont été délaissées.
G. A.-N. Quelques éléments directeurs, comme le prix des matières premières ou l'emploi américain, peuvent effectivement pousser le Cac 40 vers l'avant. Mais attention, ce n'est qu';un baromètre. Mon job est de gagner de l'argent même si l'indice ne grimpe pas...
S. C. Si l'on compare, avec la méthode du PE ( price earning ) théorique, les ratios du marché d'actions avec ceux du marché obligataire, le Cac 40 reste sous-évalué. Mais, comme mes collègues, je me refuse à faire une prévision précise sur le niveau de l'indice. Ce genre d'exercice n'apporte pas grand-chose.

Comment choisissez-vous vos valeurs ?
G. A.-N. Nos équipes continuent de travailler sur les ratios financiers comme celui de la valeur d'entreprise (montant cumulé de la dette et de la capitalisation. NDLR) rapportée au chiffre d'affaires. Mais nous analysons également les engagements hors bilan, la situation concurrentielle, la qualité du management...
S. C. Un bon indice sur la qualité d'une entreprise est la fiabilité et la transparence de l'information financière communiquée. Il est de plus en plus difficile d'accepter d'être actionnaire d'une société dont le manager revoit sans cesse ses prévisions ou organise le transfert d'actifs d'une structure à l'autre au détriment des minoritaires.
X. P. La présentation de la situation de l'entreprise en assemblée générale est également un bon indice. Le manager qui présente aux voix une résolution fourre-tout de plus de quinze pages ne respecte pas vraiment ses actionnaires.

Le retour des grandes OPA est-il un signe de bonne santé ou le début d’une nouvelle bulle ?
G. A.-N. Nous nous intéressons particulièrement à ces situations et nous proposons d'ailleurs aux investisseurs un fonds baptisé Richelieu Spécial. On devrait voir se multiplier des offres publiques d'achat (OPA) hostiles avec de jolies primes. Si toutefois les pouvoirs publics acceptent de laisser jouer le jeu du capitalisme...
S. C. Les entreprises ont fait des efforts très importants afin d'assainir leurs bilans, et il n'est pas une société du Cac 40 qui n'ait procédé, ces dernières années, à un plan de restructuration. A l'arrivée, sauf exception, les grands groupes français commencent à générer beaucoup de cash. Pour l'instant, ces liquidités ont surtout été utilisées pour des programmes de rachat d'actions. Il y a peut-être mieux à faire. Par exemple des OPA...
X. P. Je suis 100 % d';accord. On va assister à un retour des OPA avec une composante cash. Le regain des introductions en Bourse est aussi très encourageant. Mais ne nous emballons pas. Il ne s'agit que d';un retour à la normale.

Dynamique - Le goût du risque s'assouvit sans crainte

Bourse à la hausse ou à la baisse, peu importe. Le secret de ces fonds, c'est la gestion libre. A la clé : jolis coups et risques maîtrisés.

Le milliardaire américain Warren Buffett l'a résumé joliment : « C'est quand la mer se retire que l'on voit ceux qui nageaient nus. » Pour Gérard Augustin-Normand, patron de la société de gestion Richelieu Finance, les trois dernières années ont aussi été des années fastes pour les gérants ayant une grande liberté de manoeuvre. « Les gestions traditionnelles, et notamment la gestion indicielle, ont été ballottées, explique-t-il. Au contraire, la gestion active, qui caractérise des fonds comme les nôtres, a montré sa capacité à s'abstraire de l'évolution générale des marchés et de concilier performance et maîtrise des risques, conformément au souhait des investisseurs. » De fait, en période de hausse des marchés, les épargnants plébiscitent la gestion indicielle, mais, lorsque la Bourse baisse, ils ont du mal à comprendre pourquoi leur gestionnaire est satisfait d'avoir fait mieux que le marché, alors que leur fonds a perdu 20 % !

Du coup, depuis quelques mois, toutes les banques redécouvrent cette technique de gestion. Certaines lancent de nouveaux fonds à gestion « libre » (Cardif Expertise Patrimoine, de Cardif ; SH Absolu, de LCF Rothschild ; Energie, de Cortal). D'autres, comme Fortis ou CPR, recyclent des fonds existants.
Mais, pour réussir, la gestion libre, contrairement à ce que son nom suggère, demande beaucoup de discipline et de méthode. La majorité des fonds de notre sélection dynamique fait mieux que le Cac 40 sur un an et sur trois ans... et a choisi le même thème d'investissement : les PME. « Ces valeurs ont beaucoup d'avantages, explique François de Saint-Pierre, associé-gérant de Lazard Frères Gestion et pilote d'Objectif Second Marché. Leurs titres n'évoluent pas toujours dans le même sens que ceux des grandes valeurs, ils sont plus volatils, mais un choix pointu dans cet univers permet de meilleures performances sur une longue période. » Marie-Ange Verdickt, de la Financière de l'Echiquier, a la même approche : « Mon terrain de chasse, explique la gestionnaire d'Echiquier Junior, ce sont les belles PME de moins de 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires, comme Eurofins Scientific, Ilog, ou Trigano. »

Le travail de ces gérants « libres et dynamiques » est très différent de celui d'un gérant de sicav ordinaire. Il ressemble à celui d'un capital-investisseur qui doit connaître les entreprises qu'il a en portefeuille. Pour cela, il est indispensable de rencontrer les dirigeants, de visiter les usines ou les boutiques et de passer les comptes au peigne fin pour déterminer la valeur réelle de la société. Marie-Ange Verdickt avoue un faible pour les entreprises dont le président a une connaissance réelle du métier comme Alain Afflelou, un ancien opticien qui a fondé son réseau, ou Roland Tchenio, président-fondateur de Toupargel. « L'idée générale, précise Claire Philipon, de CCR Actions, c'est de dénicher les sociétés décotées, dont la valeur industrielle est supérieure à la valeur boursière. » En cas de baisse des marchés, elles résisteront mieux que les autres. Et quand le marché se réveille, l'effet de levier est important, notamment en raison des possibles OPA.
Ce genre d'aubaine ne tombe pas du ciel. Il faut savoir repérer sa proie, et attendre. « Mais le temps joue pour moi, c'est un allié », résume Gérard Augustin-Normand. C'est pourquoi ces fonds sont destinés aux épargnants capables de garder leurs fonds plus de trois ans. Pour Marie-Ange Verdickt, l'horizon idéal est de cinq ans, « sinon on prend toujours le risque d'investir au mauvais moment ». Cinq ans, c'est justement la durée minimale pendant laquelle vous devrez conserver les titres de votre PEA pour échapper à l'impôt sur les plus-values.