Avec quelques valeurs fétiches et une gestion sans contrainte, Gérard Augustin-Normand a fait de sa société une référence en matière d’investissement.
A l’heure où beaucoup commencent à préparer leur retraite, Gérard Augustin-Normand ne songe qu’à continuer sur sa lancée. La maison de gestion qu’il a fondée il y a vingt ans, Richelieu Finance, tourne maintenant comme une mécanique bien huilée : 85 collaborateurs, 10 000 clients et 4 milliards d’euros d’encours. Une réussite pour ce juriste de formation, qui a appris la gestion sur le tas, en passant par tous les métiers : commis de Bourse à la criée, analyste, travail sur les produits dérivés… Un parcours initiatique, qui lui a donné une connaissance unique de la cote et une vision exigeante de la gestion boursière. « Quand j’ai commencé, il n’y avait pas d’indices boursiers, et les gérants avaient plus de responsabilité sur leurs choix de valeurs. Aujourd’hui, la gestion est industrialisée : le métier consiste à suivre les indices. » Il n’aime pas ces comportements moutonniers, et c’est sa gestion sans contrainte qui séduit les investisseurs.
Le matin, Gérard Augustin-Normand, «GAN» pour les intimes, arrive vers 8 heures à son bureau, situé près des Champs-Elysées, s’arrange pour en repartir vers 19 heures, et ne vient pas le week-end. Des horaires tranquilles pour le monde financier. « Mais ça n’a pas toujours été le cas, se souvient Nathalie Pelras, directrice de la gestion. Dans les années 1990-2000, on commençait plus tôt pour finir plus tard ! » Il prend le temps de lire la presse du jour avant la grande réunion de 8 h 15, qui accueille tous les analystes et gérants de la maison, une vingtaine de personnes. Durant quinze à vingt minutes, chacun peut proposer ses idées, rebondir sur l’actualité, et arbitrer les positions de la journée. La seule contrainte, c’est de choisir les actions dans la « liste cardinale ».
C’est la botte secrète de Richelieu Finance ! Une liste de 200 valeurs fétiches, sous-évaluées en Bourse et passées au crible par les analystes et les gérants de la maison : rencontre avec le management, respect des objectifs, pertinence de la stratégie. Pour l’élaborer, les équipes de Richelieu rencontrent 200 sociétés par an. Gérard Augustin-Normand participe personnellement à la moitié de ces réunions. Il n’y a aucune règle dans le choix des valeurs : toutes les sociétés peuvent y figurer si elles ont un potentiel de valorisation. « La seule limite de GAN, ce sont les valeurs technologiques, il en évalue mal le risque. Cette aversion a permis à Richelieu d’éviter la bulle Internet » , confesse un proche.
« La réunion de 8 h 15 est très importante, car c’est le matin qu’on réalise les meilleures affaires », plaisante Gérard Augustin-Normand. Ensuite, chacun retourne à ses occupations, y compris le patron, qui partage son temps entre les réunions internes, les rendez-vous avec les clients et les rencontres avec les sociétés cotées. Le patron continue aussi à écumer les grands salons boursiers avec ses équipes commerciales.
Ce qui distingue peut-être Gérard Augustin-Normand des autres gérants de fonds, c’est sa conviction profonde dans ses choix. L’exemple le plus récent, c’est la prise de participation de Richelieu Finance dans le Club Med, au-delà des prises de participation habituellement pratiquées dans la gestion de fonds classiques. Aujourd’hui, Richelieu détient près de 25 % du capital du groupe. Mais pas question de s’immiscer dans sa gestion. « Je fais une confiance totale à Henri Giscard d’Estaing. Je le vois une fois par trimestre, mais plus dans un cadre amical que professionnel. »
De façon générale, le patron de Richelieu Finance et son équipe fonctionnent à l’instinct : « Le management est une donnée essentielle pour nous. Il faut se méfier des patrons trop séduisants, et préférer les modestes et les travail¬leurs. » « GAN » est un actionnaire confiant mais pas dormant : quand il n’est plus d’accord avec la gestion ou que le management a changé, il vend. En s’assurant toutefois de n’être pas lésé. En tant qu’actionnaire minoritaire, il lui arrive d’ailleurs de collaborer avec Colette Neuville, présidente de l’Adam, ou avec d’autres associations d’actionnaires.
Il règne toujours chez Richelieu Finance un esprit de petite entreprise. Le patron s’occupe personnellement du recrutement : « Une chance pour des profils atypiques ! J’aime les gens curieux, les esprits libres. » Son directeur général est un ancien journaliste. Sa directrice de la gestion, Nathalie Pelras, était venue en 1994 pour faire un stage… et elle n’a jamais quitté l’entreprise.
Gérard Augustin-Normand revendique un certain esprit paternaliste : « J’aime bien organiser chaque année un week-end d’entreprise, pour souder les collaborateurs. On apprend à se connaître en dehors du travail. » L’an dernier, l’équipe est partie trois jours au Club Med de cap Skirring, au Sénégal. Mais, promis, ils n’en ont pas profité pour parler boulot !
A l’heure où beaucoup commencent à préparer leur retraite, Gérard Augustin-Normand ne songe qu’à continuer sur sa lancée. La maison de gestion qu’il a fondée il y a vingt ans, Richelieu Finance, tourne maintenant comme une mécanique bien huilée : 85 collaborateurs, 10 000 clients et 4 milliards d’euros d’encours. Une réussite pour ce juriste de formation, qui a appris la gestion sur le tas, en passant par tous les métiers : commis de Bourse à la criée, analyste, travail sur les produits dérivés… Un parcours initiatique, qui lui a donné une connaissance unique de la cote et une vision exigeante de la gestion boursière. « Quand j’ai commencé, il n’y avait pas d’indices boursiers, et les gérants avaient plus de responsabilité sur leurs choix de valeurs. Aujourd’hui, la gestion est industrialisée : le métier consiste à suivre les indices. » Il n’aime pas ces comportements moutonniers, et c’est sa gestion sans contrainte qui séduit les investisseurs.
Propos recueillis par Damien Pelé.