Gérard Augustin-Normand, Président de Richelieu Finance : « Je ne vois pas comment un gérant de portefeuilles pourrait ne pas apporter ses titres à l’offre »
Le Journal des Finances : Que vous inspire l’offre de Mittal sur Arcelor ?
Gérard Augustin-Normand : Les propos tenus par les dirigeants d’Arcelor et les hommes politiques français me consternent. On traite Monsieur Lakshmi Mittal de manière indigne. Je m’inquiète également des propos de notre ministre des Finances qui semble contester aux actionnaires le droit de décider par eux-mêmes du sort de leur entreprise. On ne peut se réjouir des acquisitions françaises à l’étranger (France Telecom, Suez, St-Gobain, Pernod,…) sans accepter la réciproque. Mittal est tout de même le numéro un mondial de l’acier en termes de production. L’offre faite sur Arcelor me semble intéressante, notamment au regard de la prime offerte. Je ne vois pas comment un gérant de portefeuilles pourrait ne pas apporter ses titres Arcelor à Mittal en l’absence d’alternative. Arcelor constitue une ligne importante de nos fonds, et nous pourrions répondre favorablement aux propositions de Mittal en l’absence d’offre concurrente. L’offre du sidérurgiste indien a tout de même fait passer le titre Arcelor de 22 euros à près de 30 euros. Or, si elle n’aboutit pas, il y a un risque important que l’action revienne vers 22 euros.
La stratégie d’Arcelor est de convaincre les marchés qu’il vaut mieux détenir des titres Arcelor plutôt que des actions Mittal. Peut-elle s’avérer gagnante ?
G. A-N. : Tous les experts s’accordent à penser que la nouvelle entité créerait de la valeur, et qu’elle vaudrait plus en Bourse qu’Arcelor et Mittal séparément. Le nouvel ensemble constituerait de très loin le numéro un mondial du secteur, avec une production dépassant les 100 millions de tonnes. C’est l’argument que tout gérant doit prendre en considération. Les gesticulations politiques de toutes sortes ne sont pas de son ressort. D’autre part, Mittal Steel est côté à Amsterdam et New York. Si le nouveau groupe ne répond pas aux attentes, il sera toujours possible de céder ses titres sur le marché.
Arcelor pourra-t-il résister ? Quelles sont les armes dont le groupe dispose ?
G. A-N. : L’OPA a des chances de réussir. Mittal pourrait néanmoins être amené à relever les modalités de son offre. Certains investisseurs devraient réclamer une prime de risque lié à la gouvernance d’entreprise en cours au sein du groupe indien très éloignée de celle d’Arcelor en termes de pouvoir des actionnaires et de droits de vote. Pour contrer Mittal, la seule arme de marché dont disposent les dirigeants d’Arcelor est qu’un autre acteur du secteur lance à son tour une offre. Le nom de Nippon Steel a été évoqué. Reste une possible intervention politique. Elle consisterait à constituer un noyau dur d’actionnaires. Mais, alors, les gouvernements belge et espagnol pourraient ne pas approuver une telle démarche. Une chose est sûre : à l’issue de l’offre, Arcelor ne ressemblera pas à ce qu’il était auparavant.
Propos recueillis par Christophe Soubiran