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Interview de Gérard Augustin-Normand

Détails

Gérard AUGUSTIN-NORMAND
  • Date: 06 mars 2006
  • Source: option finance
  • Interview de Gérard AUGUSTIN-NORMAND
option finance

Interview de Gérard Augustin-Normand

Les opérations de fusions-acquisitions se sont multipliées ces dernières semaines à l'image du projet de rapprochement entre GDF et Suez ou de l'offre hostile de Mittal Steel sur Arcelor. Faut-il y voir un mouvement de fond?

La forte reprise de l'activité en fusions-acquisitions, qui a déjà été observé dès l'an dernier à l'étranger, touche à présent des groupes français comme l'a prouvé par exemple l'appétit d'Enel pour Suez qui s'est finalement rapproché de Gaz de France. Cette tendance n'est pas étonnante dans un contexte de taux d'intérêt bas et d'activité économique réduite, où seule la croissance externe permet de suppléer à la croissance organique. De plus, certains secteurs, comme la banque, qui étaient relativement protégés du fait d'une réglementation complexe, se sont ouverts davantage. Enfin, les réglementations européennes ont permis une harmonisation des pratiques boursières notamment, qui facilitent les opérations transfrontalières.

Comment vous positionnez-vous sur ces transactions ?

Depuis 2000, nous gérons un fonds dédié aux opérations financières baptisé Richelieu Spécial. Il est investi, comme nos autres fonds, dans des sociétés sous-valorisées mais qui sont en outre des cibles potentielles pour d'autres entreprises. A titre d'exemple, Arcelor est une de nos lignes depuis plusieurs années. L'offre de Mittal Steel a donc confirmé nos prévisions. Pour l'heure, nous conservons notre position sur l'aciériste dans la perspective d'un éventuel relèvement de l'offre. Parmi nos participations figurent également Saint-Gobain sur lequel nous nous sommes renforcés ces derniers mois alors que des rumeurs de marché évoquaient une possible reprise du groupe par des fonds de capital-investissement. Nous détenons aussi des titres Vinci et Eiffage. Ces deux groupes, encore sous-valorisés récemment, se sont toutefois appréciés compte tenu de l'élargissement de leur activite aux concessions autoroutières. Nous conservons pourtant ces valeurs car des mouvements pourraient avoir lieu dans ce secteur. La prise de contrôle par l'espagnol Sacyr de 5 % d'Eiffage nous confirme dans notre choix. Nous détenons par ailleurs des titres dans Royal Bank of Scotland et ABN Amro, des groupes bancaires raisonnablement valorisés qui ne sont pas à l'abri d'un rachat. En revanche, nous n'avons plus de titres Suez dans ce fonds car la valorisation du groupe avait déjà fortement progressé depuis quelques mois.

Que pensez-vous des conditions financières proposées dans les offres de rachat récentes?

Logiquement, en tant que gérant de fonds, nous privilégions les offres en cash. De fait, elles nous permettent d'éviter l'aléa lié à l'intégration que représente une offre en titres. Les conditions proposées sur Suez ne nous semblent pourtant pas négatives pour les actionnaires car il s’agit d’une fusion qui a du sens. Concernant Arcelor, même si nous comptons sur une révision à la hausse de l'offre, la revalorisation du titre qu'elle a entraîné est déjà tout à fait positive. Je pense que Mittal devra améliorer les conditions de son offre en augmentant la part de cash.

Attendez-vous une poursuite des opérations de fusions-acquisitions ?

Oui, je pense que 2006 sera une bonne année en matière de fusions-acquisitions. Toutes les conditions économiques sont pour cela réunies. Nous estimons que les secteurs de la banque, de l'équipement automobile, mais aussi de la distribution, de l'industrie et des travaux publics devraient être particulièrement actifs. Le marché encourage en outre les entreprises à renouer avec les opérations de croissance externe. Les groupes doivent toutefois savoir résister au marché et ne réaliser des acquisitions que si elles ont un sens véritable. J'espère que les dirigeants ne se laisseront pas à aller à des opérations trop onéreuses. La démarche des pouvoirs publics français pour la mise en place de moyens de défense anti-OPA sur les entreprises françaises m'inquiète également car ils pénalisent les actionnaires.

Vous détenez toujours plusieurs mois plus de 20 % de Club Méditerranée. Quelles sont vos intentions sur cette ligne ?

Le redressement initié par Henri Giscard d'Estaing chez Club Méditerranée me paraît en bonne voie. Comme nous estimons que la société est encore très sous-évaluée, nous souhaitons y maintenir notre participation.

Propos recueillis par Violaine Le Gall.

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