Accès Privé
Nouvel accès aux espaces privés : Accéder

Comment travaille... Gérard Augustin-Normand ?

Détails

Gérard AUGUSTIN-NORMAND
  • Date: 09 mai 2005
  • Source: option finance
  • Interview de Gérard AUGUSTIN-NORMAND
option finance

Comment travaille... Gérard Augustin-Normand ?

Créateur, il y a tout juste vingt ans, de la société de gestion Richelieu Finance, Gérard Augustin-Normand a fondé son développement sur une gestion active, indépendante de toute contrainte indicielle, et reposant sur des convictions fortes. Des choix qui lui permettent d’afficher des performances enviables…

  • Si Richelieu Finance vient de fêter ses 20 ans, le développement de la société s'est nettement accéléré ces dernières années en passant de 1 milliard d'euros fin 2002 à près de 3 milliards d'euros aujourd'hui. Comment expliquez-vous cette croissance ?

    Notre développement s'est effectivement accéléré essentiellement ces cinq dernières années, à la faveur de l'éclatement de la "bulle technologique". Auparavant, notre croissance était plus lente mais régulière. Dans les derniers mois avant l'éclatement de la bulle, nous sous-performions le marché car nous n'étions pas exposés aux valeurs technologiques. Certains de nos clients nous l'ont d'ailleurs reproché. Mais par la suite, dans un environnement globalement baissier, nous avons montré qu'il était possible de progresser grâce à la gestion active. Cette dernière, contrairement à la gestion indicielle dite aussi passive, repose sur l'idée que le marché offre des opportunités tous les jours. La régularité de nos performances a très rapidement séduit nos clients et ce phénomène s'est accru ces deux dernières années. La création de ce que j'ai baptisé la "gestion cardinale", en référence au cardinal de Richelieu mais aussi aux vertus cardinales (notamment la prudence) et aux points cardinaux (qui permet de ne pas perdre le nord), attire également de nouveaux clients. Cette technique de gestion, qui mêle gestion active et gestion défensive, a en effet permis d'abaisser considérablement la volatilité de nos fonds (devenue aujourd'hui deux à trois fois inférieure à celle des indices) et donc le risque, tout en assurant une réelle performance.
  • Mais tout en étant président d'entreprise, vous êtes aussi gérant de fonds. N'est-ce pas compliqué de concilier les deux activités ?

    Richelieu Finance compte aujourd'hui 75 salariés. Paradoxalement, gérer une société de cette taille est beaucoup plus facile que gérer une société moins importante, par exemple de 25 personnes. Dans une entreprise de 25 salariés, le dirigeant doit en effet veiller à tout. Dans une structure de taille plus importante, l'organisation est différente et la délégation devient possible. Je délègue l'essentiel des responsabilités d'organisation, de contrôle et de développement à deux directeurs généraux délégués et peux ainsi me consacrer à ma passion originelle : la gestion de fonds.
  • Comment organisez-vous vos journées ?

    Les trois quarts de mon temps sont consacrés à tout ce qui entoure la gestion de fonds : contact avec le marché, les entreprises, les clients. Le quart restant est consacré à mon entreprise : rencontre avec les équipes, communication, administration... J'arrive au bureau vers 8h. J'ai une réunion avec les analystes de 8h15 à 8h45 pour parler de l'actualité des entreprises et des marchés. Jusqu'à 9h c'est la passation des ordres. Une bonne partie de la matinée est ensuite consacrée à la gestion et au marché avec l'analyse de valeurs. A midi, je déjeune souvent avec des clients ou des chefs d'entreprises. L'après-midi mêle de nouveau l'analyse et la surveillance du marché mais également beaucoup de rencontres avec les clients et les entreprises. Généralement je suis de retour au bureau à la clôture pour parler des évènements de la journée avec les analystes. Mes journées se terminent traditionnellement vers 19h et je ne travaille jamais le week-end.
  • Qui sont vos clients ?

    Il s'agit d’abord de clientèle privée. Contrairement à certaines sociétés de gestion indépendantes, nous n'imposons pas un montant seuil pour ouvrir un compte chez nous. N'importe qui est donc susceptible de venir nous voir et nous accueillons beaucoup de clients modestes. Ils viennent généralement d'une façon volontaire mais aussi très souvent à travers les CGP et les plates-formes Internet. Nous n'avons pas de fonds dédiés à des clients, car nous préférons garder notre liberté de gestion. Si beaucoup de clients nous ont demandé dans le passé de gérer des fonds en ligne directe pour eux, ils le font de moins en moins car ils s'aperçoivent que nos fonds ouverts performent très bien. La plupart des investisseurs institutionnels commencent d'ailleurs à évoluer de plus en plus vers des fonds ouverts. Quant aux CGP, avec qui nous travaillons beaucoup, je les considère comme des partenaires.
  • Quelle est votre stratégie d'investissement ?

    Nous nous positionnons sur les valeurs sous valorisées par le marché. A l'heure actuelle, les nouveaux investissements ne concernent plus les mid-caps qui nous paraissent survalorisées. Nos dernières acquisitions concernent des titres comme Vivendi Universal, Total, Deutsche Post, Allianz, Casino ou BNP Paribas, et nos dernières ventes, des valeurs comme Union Financière de France, Bail Investissement, Gecina ou encore Ubisoft Entertainment. Il existe toutefois une grande stabilité dans le choix de nos lignes d'investissement, même si les mouvements d'achat et de vente sont fréquents sur une même valeur en fonction de l'évolution de son prix. Notre gestion est une gestion active.
  • Quelles sont vos relations avec les dirigeants des entreprises dans lesquelles vous investissez ?

    Avec près de 3 milliards d'euros d'actifs sous gestion, nous devenons un actionnaire de plus en plus significatif. Du coup, il nous est aujourd'hui plus facile de rencontrer les entreprises qu'au début. Certains dirigeants viennent même nous solliciter directement pour nous demander d'investir dans leur capital et pour nous tenir informés de leur évolution de stratégie. Dernièrement, j'ai rencontré Antoine Zacharias (Groupe Vinci), Jean-Charles Naouri (Groupe Casino), Henri Giscard d'Estaing (Club Méditerranée), ou encore Pierre Blayau (Président de Geodis).
  • Vous avez pris pour la première fois une participation très élevée, de près de 20% dans le Club Med. Beaucoup d'intervenants s'interrogent aujourd'hui sur vos intentions envers l'entreprise.

    Notre participation dans ce groupe est purement financière. Nous croyons dans la nouvelle stratégie initiée par Henri Giscard d'Estaing après avoir été déçus de celle qui avait été mise en place par Philippe Bourguignon, le précédent dirigeant. Le Club Méditerranée est une valeur qui nous paraissait en outre bon marché et fortement sous-valorisée. L'arrivée d'Accord dans le capital a encore renforcé notre opinion positive sur le titre. Je suis en effet convaincu des synergies qui peuvent être dégagées entre les deux groupes dans le cadre de partenariats, notamment dans le domaine des achats, le développement de la clientèle, ou la stratégie haut de gamme. A l'heure actuelle, notre participation dans Club Med représente moins de 150 millions d'euros soit moins de 5 % de nos actifs totaux.
  • Quelles sont les autres entreprises dans lesquelles vous êtes fortement investis ?

    Nous faisons régulièrement des déclarations de franchissements de seuil auprès de l'AMF car avec près de 3 milliards d'euros sous gestion, le seuil de 5 % est atteint facilement. Nos dernières déclarations concernent des entreprises comme GEA, Foncière Massena, Guyenne et Gascogne ou encore le Groupe Flo. Plus que jamais, nous voulons être sélectifs et acheter les valeurs que nous connaissons bien. Notre gestion est une gestion de conviction.
Propos recueillis par Réjane Reibaud