Accès Privé
Nouvel accès aux espaces privés : Accéder

L'ENA hors les murs

Détails

Gérard AUGUSTIN-NORMAND
  • Date: 05 novembre 2004
  • Source: ENA
  • Interview de Gérard AUGUSTIN-NORMAND
ENA

L'ENA hors les murs

La gestion active selon Gérard Augustin-Normand



La Gestion active
 
« Vous ne pouvez réussir en matière d'investissement si vous ne pensez pas de façon originale et indépendante. Vous n'avez pas raison parce que les autres partagent votre avis. Vous avez raison si les faits prouvent que votre raisonnement est juste. C';est la seule chose qui compte. »

Warren Buffett

Couverture 05-Novembre-2004-ENA La gestion active, qui repose sur l'analyse fondamentale des valeurs, a retrouvé ses lettres de noblesse depuis que l'éclatement de la « bulle technologique » a montré les limites de la gestion indicielle, gestion passive dont la seule ambition est la reproduction d'un indice.

Le fondement théorique de la gestion passive repose sur la théorie des marchés efficients, qui suppose que, dans un marché liquide et transparent, les cours de bourse reflètent en permanence toutes les informations disponibles dans le marché. Soucieux d'industrialiser la gestion, les grands établissements ont tiré de cette théorie la conclusion qu'il n'est pas possible de battre le marché de façon rationnelle sur une longue période. En conséquence, depuis quinze ans - l'indice CAC 40 a été créé en 1988 -, ils ont développé la gestion indicielle qui réduit le rôle du gérant à celui d'un observateur.

Marquées par la hausse des indices et le développement de la gestion collective, les années 80 et 90 ont marqué l'âge d'or de la gestion indicielle. Mais ce type de gestion est aujourd'hui remis en question par la baisse des indices qui ont perdu près de 50 % en quatre ans.

Ces dernières années, particulièrement éprouvantes pour ceux qui se contentent de suivre les indices, ont remis à l'onneur les mérites de la gestion active et les performances de quelques gérants convaincus de l'inefficience des marchés financiers. Grâce à leur gestion active - parfois appelée Stock Picking, ils ont su sélectionner les valeurs qui ont progressé dans un environnement morose.

Indépendants d'esprit et exerçant le plus souvent leurs talents au sein de petites maisons dédiées à la seule gestion de portefeuilles, ces gérants ont su résister aux modes, au « consensus », au benchmark et apporter la preuve que, dans les temps difficiles, seuls le bon sens et la connaissance des entreprises permettent de réaliser des performances absolues positives, décorrélées des indices.

La gestion active est une gestion libre, opportuniste, qui n'est enfermée ni dans un indice, ni dans un secteur ; c'est une gestion contrariante qui consiste à investir dans des sociétés solides, mais faiblement valorisées, loin des comportements moutonniers qui préfèrent les valeurs de croissance rarement sous-évaluées.

Le gérant actif, souvent value, considère davantage la valeur intrinsèque de l'entreprise, et notamment le ratio VE/CA (valeur d'entreprise rapportée au chiffre d'affaires) que la croissance des résultats (PER : Price Earning Ratio) qui est encore le critère privilégié par les analystes financiers.

Cette approche pragmatique permet au gérant actif d'intervenir à contre tendance, d'acheter en baisse et de vendre en hausse. Les gérants actifs doivent savoir vendre quand les objectifs sont atteints et ne pas se laisser entraîner par les spéculations qui peuvent porter les indices vers les plus hauts niveaux. Ils savent que « c'est quand la mer se retire que l'on voit ceux qui nageaient nus » (Warren Buffett). Le gérant actif est un gérant qui sait mettre à profit les moindres écarts de cours pour abaisser son prix de revient, tirant ainsi bénéfice de la volatilité du marché pour améliorer sa performance.

Un véritable gouffre de performance s'est creusé ces dernières années entre gestion active et gestion passive, mais, plus que la performance elle-même, c'est la régularité de la performance de la gestion active qui apparaît remarquable :

Peu dépendante de l'évolution générale des marchés et des éléments exogènes difficiles à anticiper, qu'ils soient de nature macroéconomique ou géopolitique, la gestion active est significativement moins volatile que la gestion passive. Si l'on considère que la volatilité, mesure de la régularité, permet d'évaluer le risque d'un investissement, la gestion active, contrairement à certaines idées reçues, apparaît moins risquée que la gestion passive ballottée au gré des événements.

Fondée sur la connaissance des entreprises, la gestion active permet de réconcilier prudence et performance. Gestion de bon sens, elle oblige le gérant à faire des choix et à assumer pleinement ses responsabilités.

Il y aura toujours des actions bon marché et d'autres trop chères. Encore faut-il savoir saisir tous les jours les opportunités offertes par le marché, savoir acheter, savoir vendre. C'est le rôle du gérant. Seule la gestion active mérite le nom de gestion.

Gérard AUGUSTIN-NORMAND